Vous voulez poursuivre des études supérieures en psychologie ?
Voici un programme en 12 étapes pour tenir la route.
Jay Bavel – Université d’Alberta
Quiconque demande à poursuivre des études supérieures doit être atteint de psychose ou ne tardera pas à l’être. La rémunération est médiocre, les heures sont interminables et le taux de rejet est très élevé. Mais, n’ayez crainte, j’ai élaboré en 12 étapes un programme intensif qui profitera aux membres du corps étudiant, même les plus médiocres. Une mise en garde toutefois : les suggestions réunies ici représentent le fruit de mes propres recherches sur les études supérieures et ne pourraient donc se généraliser.
1. La première étape consiste à vous demander pourquoi vous voulez entreprendre des études supérieures. Certes, pour beaucoup de personnes, elles constituent une voie de carrière aussi stimulante que prometteuse. Mais, elles exigent un engagement sérieux et peuvent se révéler difficiles et prendre beaucoup de temps. Bref, il faut y réfléchir, mûrement, et s’y engager si elles vous tiennent vraiment à cœur.
2. La prochaine phase vous amène à déterminer la branche la plus intéressante. En psychologie, il y a quatre branches principales : counselling et psychologie clinique, appliquée et expérimentale. Chacune englobe plusieurs sous-branches, soit psychologie cognitive, industrielle / organisationnelle, culturelle, sociale, comportementale et génétique, études théoriques, quantitatives et environnementales, recherches sur la personnalité et autres. En vous y prenant tôt et en cernant mieux le domaine qui vous intéresse, vous aurez de meilleures chances d’être admis. Autrement, essayez dans la mesure du possible de faire une étude indépendante ou de vous porter bénévole auprès d’un membre du corps professoral afin de pouvoir explorer un domaine qui vous intéresse.
3. Arrivé en troisième année, achetez si possible un calendrier et établissez des échéances irréductibles, celles de votre demande d’admission. Commencez par la date limite qui, dans la plupart des cas, ira du 15 décembre au 1er mars. Procédez à reculons en prenant soin de vous accorder des délais suffisants, ce qui vous permettra de déposer votre demande au moins une semaine d’avance. Dans tous les cas, en ce qui a trait aux critères d’admission, les consignes énoncées (voir étapes 6 à 10) vous aideront à établir une chronologie qui vous convient. N’oubliez pas non plus de tenir compte des dates limites des tests GRE de même que des lettres de référence et des frais (entre 35 $ et 65 $) qui doivent accompagner votre demande.
4. Faites vos propres recherches. Je ne saurai trop y insister. Les études supérieures exigent beaucoup d’énergie, beaucoup de temps et, pour accroître ses chances d’y réussir et même de bonheur, il faut faire un choix éclairé. La SCP offre sur son site (www.cpa.ca/graduate/guide.html) des liens directs à tous les départements de psychologie et de psychopédagogie au Canada. Il existe, bien entendu, d’autres sources d’informations précieuses, soit les étudiants en cycles d’études supérieures ou les conseillers d’orientation. Personnellement, je vous recommande « d’adopter » un membre du corps étudiant issu du premier groupe. La plupart, comme vous peut-être, sont loin de chez eux et trouveront plaisir à votre amitié et à répondront à vos questions.
5. Apprenez à aimer les conditions d’admission. La majorité des départements affichent les conditions de base sous trois rubriques : moyenne pondérée cumulative (au cours des deux dernières années) ou MPC, rang-centile au test GRE et critères non objectifs (lettres de recommandation, déclaration d’intérêt, recherches antérieures, expérience de travail / clinique, activités parascolaires). Or, ces conditions de base sont trompeuses et vous ferez bien de comparer les scores médians des personnes qui ont débuté l’année précédente. Les scores de la MPC et du GRE sont publiés dans le Répertoire des programmes d’études supérieures de la SCP (www.cpa.ca/graduate/guide.pdf) et le rapport annuel sur les études supérieures de l’APA.
6. La plupart des programmes d’études supérieures en psychologie exigent une MPC de 3,5 à 4,0 environ, soit 80 % ou mieux. Bien que crucial pour être admis, une MPC élevée n’est pas aussi difficile à obtenir qu’il paraisse, puisque la plupart des départements ne tiennent compte que des notes obtenues durant les deux dernières années d’études universitaires. Pour les personnes en dernière année du premier cycle, cela revient à exclure les cours suivis au dernier semestre. De même, les comités de sélection considèrent attentivement la courbe des scores de la MPC et préfèrent une récente tendance haussière. Ils s’attardent aussi sur les notes en psychologie, statistique, recherche et méthodologie. Pour être admis à des programmes d’études cliniques et de counselling, il faudrait avoir réussi les cours apparentés (à savoir psychologie clinique et counselling). Enfin, connaître ses professeurs, comprendre le système et savoir s’attaquer à ses propres faiblesses sont tous là des facteurs déterminants pour qui veut réussir. Si vous avez, comme moi, tendance à tout remettre au lendemain, essayez de vaincre cette fâcheuse habitude armé d’un agenda où toutes vos activités sont planifiées par étapes et assujetties à des dates butoirs.
7. Le test GRE, très important pour être admis aux programmes clinique et expérimental, constitue une vraie pierre d’achoppement. Pour ne pas y buter, il vous faudra d’abord savoir à quel saint vous vouer, « GRE General », « GRE Subject » ou les deux. Ensuite, déterminez la date à laquelle vous devez passer les épreuves pour que le résultat final soit communiqué aux départements concernés, sans frais, avant la date limite, ayant pris soin bien entendu d’indiquer le jour de l’examen le nom de ces départements. D’ordinaire, il faut prévoir de 4 à 6 semaines pour avoir le résultat de l’épreuve sur papier et de 10 à 15 jours pour avoir celui du test informatisé (http://www.gre.org/getscore.html). Le GRE est une épreuve standardisée en temps limité servant à comparer les membres du corps étudiant les uns aux autres. Votre score brut (de 200 à 800) est converti en intervalle percentile sur la base de cette comparaison des étudiants, vous-même compris. Un score situé au 80e percentile signifie que vous êtes dans la tranche supérieure de 80 % des membres antérieurs du corps étudiant suivant une échelle particulière. Le « GRE General » comporte trois échelles : verbale, quantitative et analytique. De règle générale, les départements de psychologie privilégient les scores obtenus aux deux premiers. Le test « GRE Subject » pose des questions directement liées à la psychologie, ce qui veut dire que vous ferez bien de potasser un ouvrage d’initiation à la psychologie. Pour réussir, il faut vous familiariser avec les conditions du test et vous y préparer à partir des questions réunies dans des guides autodidactes. Si vous les trouvez ardus, vous pouvez opter pour des séances de formation coûteuses.
8. Les lettres de recommandation, de la part de deux ou trois répondants, sont exigées dans la plupart des cas. Souvent, il vaut mieux choisir des membres du corps professoral qui vous connaissent bien, donc aptes à juger de votre potentiel en tant que membre du corps étudiant de deuxième cycle. Au moins, un mois avant la date limite des demandes, prenez rendez-vous avec eux et, le moment venu, demandez-leur s’ils peuvent vous faire une « bonne référence ». Dans l’affirmative, remettez-leur les formulaires à remplir (y compris les enveloppes pré-affranchies) en prenant soin de leur signaler la date limite des établissements respectifs. Prenez le temps de revoir vos acquis (relevé de notes, scores GRE, CV, déclaration d’intérêt, échantillon de vos travaux, etc.). Soyez reconnaissant aussi. Une semaine après, revenez les voir avec une douzaine de nouveaux crayons et une carte de remerciement : vous pourriez avoir encore besoin de références l’année suivante.
9. Bien écrite et convaincante, une déclaration d’intérêt fera ressortir votre demande et lui donnera, par rapport aux autres, une place de choix. Pour y arriver, vous devez l’adapter soigneusement aux exigences de chaque programme qui vous intéresse en mettant en relief des éléments particuliers. Par exemple, vous pouvez nommer les membres du corps professoral avec qui vous comptez travailler ou qui pourraient diriger votre mémoire (voir Étape 10), indiquer le type de recherches que vous espérez mener et préciser en quoi votre candidature conviendrait le mieux à l’établissement. N’oubliez pas non plus de faire valoir, souvent de manière concise en deux pages dactylographiées, vos antécédents et vos objectifs professionnels. Si possible, demandez à deux membres du corps professoral de revoir votre texte avant de l’insérer dans votre demande. En somme, par sa clarté et son caractère sobre, votre déclaration d’intérêt doit faire saisir votre profil et conforter vos ambitions professionnelles en soulignant votre mérite et potentiel individuel.
10. Passons aux critères non objectifs dont l’importance est indiquée entre parenthèses et qui sont souvent pris en compte à l’admission aux programmes d’études cliniques et de counselling. Ces critères vont des travaux de recherche antérieure (élevée) aux activités parascolaires (faible), en passant par des entrevues (moyenne), l’expérience de travail (moyenne) et le service public de type clinique (moyenne). Bien que les comités de sélection s’y attardent moins, comparés à la MPC ou aux lettres de recommandation, les demandes de premier rang font souvent état de travaux de recherche et d’activités professionnelles. Inutile donc de vous dire de prendre part aux activités de l’association d’étudiants en psychologie, de devenir membre d’associations professionnelles et de trouver un emploi pertinent en été ou à temps partiel. Ces acquis viendront non seulement donner du poids à votre demande mais élargir aussi votre compréhension du domaine qu’est la psychologie.
11. Autre conseil, utile surtout aux personnes qui s’intéressent aux programmes d’études expérimentales, est de communiquer avec des chercheurs avant de déposer votre demande. En général, les membres du corps professoral acceptent peu d’étudiants, leur consacrent beaucoup de temps et tendent, naturellement, à préférer ceux et celles qui semblent leur convenir. Autrement dit, consultez des sites Web et examinez les trousses d’information afin de vous faire une idée des activités de recherche et connaître les domaines d’intérêt des membres du corps professoral. Essayez aussi de communiquer dans chaque établissement avec un ou deux chercheurs pour savoir s’ils acceptent des membres du corps étudiant de deuxième cycle. Évaluez de façon critique la liste de publications des directeurs éventuels, question de voir à quel point ils collaborent avec les collègues et les membres du corps étudiant de deuxième cycle, signe annonciateur de la relation concertée que vous pourrez avoir avec votre directeur, celle-ci étant la clé de la réussite. Sont aussi essentielles dans une certaine mesure les conférences de chercheurs, car vous y prendrez connaissance des travaux en cours et nouerez des relations avec d’éventuels directeurs. Il est aussi bon de lire des publications récentes dans les revues savantes. Ainsi, vous pourrez tenir avec eux des conversations éclairées et les impressionner (pour une fois).
12. Ramassez et déposez tous les documents exigés. Assurez-vous que votre demande vous présente sous un jour favorable en la soumettant dans les délais impartis, bien dactylographiée, sans erreur grammaticale ni erreur d’orthographe. La meilleure approche consiste à cibler un choix d’établissement. J’ai appris d’un doctorant qu’il s’est borné aux établissements dans les villes dotées d’une franchise de la LNH. Une approche, plus prudente, serait de viser environ neuf universités, dont six sont classées à parts égales « bonnes » et « excellentes », où votre demande satisfait amplement et moyennement aux critères d’admission. N’oubliez pas d’appeler le département une semaine plus tard pour être sûr que votre demande a été reçue. Sinon, revenez à l’étape 1.
Après avoir parcouru ces étapes, vous recevrez peut-être plusieurs offres d’admission et aurez jusqu’au 15 avril pour les étudier attentivement, vous informer de l’aide financière et accepter une offre et rejeter les autres. À ce sujet, sachez que vous risquez des conséquences graves si vous acceptez plus d’une offre. Veuillez donc vous contenter de la meilleure et informer poliment les autres établissements de votre refus. Une fois que vous avez accepté une offre et confirmé votre admission, il vous faudra demander des bourses, un poste d’assistants ou une exonération des droits de scolarité. N’écartez pas la nécessité d’un prêt étudiant ou d’un emploi à temps partiel. Bref, ce n’est pas le moment de vous reposer sur vos lauriers; il vous faut songer à votre mémoire.
Jay Van Bavel a eu son baccalauréat en psychologie de l’Université d’Alberta (juin 2002) et a participé à la conférence annuelle de la SCP qui s’est tenue à Vancouver, à titre d’intervenant, de modérateur et de représentant des membres du corps étudiant de premier cycle. Il compte poursuivre des études supérieures en psychologie sociale (maîtrise et doctorat) et entend, dès 2003, se constituer candidat auprès des départements de psychologie dans les universités canadiennes.
Article repris de Psynopsis, printemps 2002, p. 12.