L’éthique des publications scientifiques
Il y a diverses questions éthiques à considérer lorsque l’on veut faire publier un projet de recherche. Ces questions, abordées pour la plupart dans Ethical Principles of Psychologists and Code of Conduct (APA, 1992), englobent les principes de base ou règles générales qui sous-tendent tout article scientifique, qu’elle qu’en soit la discipline, et qui visent deux objectifs : (1) prévenir la communication fausse du savoir érudit et scientifique, et (2) protéger les droits de propriété intellectuelle. L’objet du présent document est de vous faire connaître ces principes de base qui devraient présider à toutes vos communications scientifiques.
Déclaration des résultats
Dans toute communication, les sections réservées à la méthodologie et aux résultats ne doivent comporter aucune erreur. Étant donné que toute étude scientifique doit obéir au principe de la répétition et de la vérification des observations, les chercheurs se doivent de ne pas inventer les données, ni modifier leurs résultats ni omettre des informations qui s’écartent de leurs hypothèses. S’il se produit une erreur accidentelle, il incombe au chercheur de la signaler dès que possible à l’attention du public. Avant tout, il lui faudra communiquer avec le rédacteur en chef et l’éditeur pour qu’un correctif soit diffusé ou publié.
Plagiat
On ne doit jamais s’approprier les propos d’autrui et on doit toujours « rendre à César ce qui appartient à César ». Si vous reprenez les paroles exactes d’un auteur, elles doivent être mises entre guillemets et le nom de l’auteur doit aussi être mentionné. Si ses propos sont paraphrasés (c’est-à-dire résumés, légèrement modifiés ou réordonnés), vous devez incorporer la référence du texte source. Le même principe s’impose aussi dans le domaine des idées. Si une étude s’inspire d’une autre étude ou si elle reprend une investigation précédente, le chercheur d’origine devrait se voir accorder le crédit.
Attribution de la qualité d’auteur
La qualité d’auteur ne s’applique pas seulement à la personne ou aux personnes ayant la paternité d’un article érudit ou scientifique, mais aussi aux premiers responsables de sa publication. Plus précisément, les personnes qui ont apporté une contribution scientifique substantielle à une étude doivent se voir attribuer le crédit de la publication. L’APA a défini les diverses tâches, telles que la formulation du problème ou les hypothèses, la structuration du modèle expérimental, l’organisation ou la conduite des analyses statistiques, l’interprétation des résultats et la rédaction d’une partie importante de l’article, qui peuvent être considérées comme une contribution scientifique substantielle. De règle générale, cette définition vise, dans la plupart des cas, le directeur principal d’une thèse destinée à la publication. Les questions ayant trait à la mention des auteurs devraient être débattues et résolues au préalable lorsqu’un membre du corps professoral et un membre de la population étudiante décident de travailler ensemble. Sinon, ils risquent plus tard des malentendus ou des déceptions difficiles à gérer.
Les collaborateurs d’appoint ne peuvent revendiquer la qualité d’auteur, mais peuvent être reconnus dans une note de bas de page. Par collaborateur d’appoint, on entend les collègues qui ont conçu ou mis au point un appareil ou matériel, donné des conseils quant à l’analyse statistique, recueilli ou saisi les données, modifié ou élaboré un programme informatique et recruté des participants ou obtenu des animaux. En d’autres termes, ces tâches secondaires ne donnent pas en elles-mêmes droit à la qualité d’auteur. Cependant, si ces fonctions d’appoint s’additionnent, cette qualité pourrait être justifiée. Les collaborateurs, qui ont été nommément reconnus, doivent avoir la possibilité de revoir le manuscrit avant la publication vu qu’ils ont le droit de demander le retrait de cette mention dans l’article.
Dès que possible, tous les chercheurs ayant un rôle principal dans un projet de recherche doivent décider des tâches nécessaires, du partage des responsabilités, des tâches ou combinaisons de tâches qui ouvrent droit à la qualité d’auteur et de l’ordre des auteurs (premier, deuxième, etc.). De règle générale, le chercheur principal vient en premier, suivi du nom des autres par ordre décroissant d’importance. Si les auteurs se sont partagé les rôles au même degré, ce fait pourrait être signalé dans un deuxième paragraphe de la note.
Déterminer la qualité de coauteur d’une publication par Daniel M. Landers et Lawrence Brawley
Il y a quelques années, devant un constat de vide, nous avons ressenti le besoin de formuler une politique d’attribution de la qualité de coauteur de travaux scientifiques. Lorsque nous avons commencé à demander aux collègues des lignes directrices par écrit, à l’exemple de celles que nous proposons ici, nous avons été surpris de voir qu’il n’en existait vraiment pas. Naturellement, des opinions bien tranchées sur ce sujet, mais pas toujours cohérentes, se sont exprimées ici et là. Nous les avons rassemblées et, au bout du parcours, sommes arrivés aux présentes Lignes directrices concernant la qualité d’auteur et son attribution.
Nous suivons ces lignes directrices depuis six ans et n’avons pas jusqu’ici eu de cas où elles ne sont pas révélées utiles. De manière générale, lorsque nous planifions une étude, nous discutons en même temps des tâches que devra assumer chaque collaborateur. De même, l’ordre des auteurs est décidé et suppose que les tâches seront effectuées comme prévu. En cas de problèmes ou si les tâches prévues à l’origine se trouvent modifiées, l’ordre des auteurs est réévalué par la suite.
Au cours de l’année, nous avons passé ces lignes directrices à d’autres collègues qui nous ont fait part de leur utilité. Nous voulons les diffuser maintenant auprès des membres de la société NASPSPA et espérons recueillir de nombreuses réactions quant à leur applicabilité à d’autres domaines professionnels ou de recherche scientifique.
Lignes directrices concernant la qualité d’auteur et son attribution
Les lignes directrices énoncées ci-après visent à déterminer le niveau de contribution que doivent assumer les différents collaborateurs à une publication scientifique pour être qualifiés d’auteur. Ces lignes directrices sont basées sur l’apport scientifique total et ne s’adressent en général qu’à ceux qui ont apporté à la réalisation du projet et à la publication des résultats une contribution scientifique substantielle.
Auteur principal
Par auteur principal, on entend le chercheur initiateur du projet et à qui revient pour l’essentiel l’idée et le modèle expérimental sur lesquels se base l’investigation. En d’autres termes, l’investigation n’aurait pas été conduite sur la base de la même idée ou du modèle unique sans son initiative ou leadership.
L’auteur principal est aussi responsable de la majeure partie des travaux (interprétation et discussion des résultats, éléments constitutifs de l’investigation) et en accepte la paternité de même que la responsabilité devant ses pairs et les lecteurs.
Coauteurs
Les coauteurs occupent le même rang que l’auteur principal et englobent les personnes qui ont apporté une contribution significative à l’idée et au modèle expérimental. Sans leur apport pour ainsi dire, l’investigation n’aurait pas été conduite sur la base de la même idée ou le même modèle expérimental unique. Cependant, la qualité de coauteur devrait aussi être accordée dans les cas où un(e) collègue aurait :
a) revu les publications scientifiques et complété le protocole expérimental y compris l’analyse et la discussion des résultats;
b) contribué à la conception et à l’analyse ou à l’interprétation et à la discussion des résultats;
c) corrigé, reanalysé et réinterprété des travaux préliminaires, y compris l’interprétation et la discussion des résultats nouveaux ou corrigés.
Deuxième auteur
Le deuxième auteur ou l’auteur subalterne est un collaborateur ou une collaboratrice ayant apporté une contribution significative à l’article ou accompli une partie importante des travaux nécessaires à sa publication (rédaction, mise en forme définitive, gestion technique). La qualité de deuxième auteur est conférée sur la base de l’un des critères suivants, c’est-à-dire que la personne a :
1. étoffé sensiblement les contributions à l’idée ou le modèle de base de l’investigation;
2. revu ou recherché la documentation pertinente relative au problème à l’étude;
3. fait office d’expérimentateur, c’est-à-dire s’est livré à des expériences pour vérifier ou préciser les hypothèses sur la base de la méthodologie établie, y compris la collecte et la compilation de données;
4. complété l’analyse des données, c.-à-d des applications informatiques, l’interprétation et la rédaction des résultats;.
5. complété la discussion des résultats, y compris la comparaison des hypothèses et des théories avancées de même que des travaux de recherche antérieurs;
6. apporté des contributions partielles (p. ex. 50 % des travaux nécessaires) à deux (2) éléments ou plus ci-dessus.
Les mêmes critères peuvent s’appliquer aux travaux révisés ou corrigés.
Remerciements
Les collègues n’ayant pas une contribution suffisante pour jouir de la qualité d’auteur sont généralement reconnus ou remerciés dans une note de bas de page. De fait, ces collègues ont participé à l’investigation sous une forme ou une autre et ont, par exemple, aidé à initier, à maintenir ou à perfectionner l’article à publier. Se verra donc remercier tout collègue qui aura satisfait au critère (1) ou (2), à savoir :
1. aidé, soit à relire ou à corriger le manuscrit, soit à y apporter des suggestions ou à analyser des données (p. ex. support informatique, compilation de données) ou
2. donné accès à son laboratoire et à son équipement ou apporté l’assistance technique.
Publication de données et double emploi
Un auteur ne peut soumettre son manuscrit qu’à une seule revue APA à la fois. La soumission d’un article scientifique suppose un engagement, celui de faire publier l’article dans la revue s’il est accepté par le rédacteur en chef. De ce fait, l’auteur ne peut le présenter simultanément à deux ou plusieurs revues encore moins soumettre un article révisé à une autre revue s’il a déjà été publié ou attend de l’être. Les publications en double prêtent à l’équivoque : elles font croire qu’il y a plus de recherche ou de données qu’il y a vraiment, occupent inutilement les pages d’une revue, gaspillent du temps et des efforts et entraîneront des violations du droit d’auteur (vu que ce dernier ne peut être cédé à plus d’une revue pour le même article).
Vérification des données
Les données reliées à un projet de recherche doivent être communiquées au rédacteur en chef s’il le demande. De même, pour vérifier l’exactitude des résultats rapportés, d’autres spécialistes du domaine voudraient revoir les analyses et même reprendre l’expérience. On s’attend donc que les chercheurs gardent au moins pendant cinq années après la publication d’un article les données brutes qui s’y rattachent. Bien entendu, les questions de confidentialité ne doivent pas être écartées lorsque les chercheurs communiquent de telles données les uns et aux autres.
Outre ces lignes directrices ou principes de base qu’on retrouve dans toutes les disciplines, vous devez aussi tenir compte des principes déontologiques établis par l’APA. Ces règlements spécifiques se trouvent sur le site Web de l’association (www.apastyle.org) ou dans le guide d’APA.
Article préparé par Tanja Schaefer
Septembre 2001