Comment réussir en tant que membre
du corps étudiant en psychologie
Christine Chambers, Ph.D., Université de la Colombie-Britannique
Mme Christine T. Chambers (Ph.D.), ancienne présidente de la section Étudiants de la SCP et professeure adjointe au Département de pédiatrie à l’Université de la Colombie-Britannique, est lauréate du prix d’excellence dans la carrière remis par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et la Fondation Michael Smith pour la recherche en santé. Elle examine dans ses travaux les influences de la famille et du développement sur la douleur infantile.
En tant que présidente de la section Étudiants de la SCP, j’ai reçu de nombreux messages électroniques de la part de personnes qui cherchaient à savoir comment se faire admettre aux études supérieures, demander un stage et trouver un emploi en psychologie. Bien que ces questions proviennent d’étudiants à divers stades de leur carrière, elles ont toutes suscité chez moi des réponses et conseils étrangement similaires.
À l’heure où je me prépare à quitter mon poste de présidente de la section Étudiants de la SCP, j’estime que c’est le moment de réfléchir à mes neuf dernières années comme étudiante en psychologie et de consigner par écrit, même sommairement, ce qui a marché pour moi (mais que, s’agissant d’autrui, je ne saurai garantir).
1. Initiez-vous très tôt à la recherche. L’un des facteurs clés qui ont largement favorisé la réussite aux études supérieures tient au fait que je me suis engagée dans la recherche lorsque j’étais étudiante de premier cycle. En effet, j’ai eu la chance d’obtenir mon diplôme dans une université où le département de psychologie offrait aux membres du corps étudiant de premier cycle beaucoup de possibilités de s’associer à des travaux de recherche et de collaborer avec un chercheur qui leur ouvrait la porte de son laboratoire. Recherchez donc de telles possibilités, c’est-à-dire des projets de recherche, qu’il s’agisse de projet d’été, d’études dirigées ou de dissertation de spécialisation. C’est ainsi que je suis devenue une « accro » de la recherche (alors que je ne songeais jusque-là qu’à devenir une clinicienne à temps plein). Il n’est jamais trop tard pour commencer.
2. Prenez à cœur toujours (ou du moins très souvent) ce que vous faites. Choisissez un domaine qui vous passionne vraiment. Cela peut demander du temps, surtout si vous n’avez pas la moindre idée. Lisez donc, parlez à des professeurs et réfléchissez à ce qui vous intrigue le plus dans les cours de psychologie que vous suivez. Si rien ne vous passionne, encore moins vous fait plaisir (sachant qu’il y aura des hauts et des bas quel que soit le domaine que vous choisissez), vous aurez alors un long chemin à faire.
3. Participez à des rencontres savantes. J’ai assisté à ma toute première conférence de psychologie (une assemblée de la SCP à Charlottetown) alors que j’étais en troisième année. L’expérience fut pour moi très stimulante. Arrivée aux études supérieures, j’ai investi beaucoup de temps (et d’argent) dans les conférences. J’ai essayé d’assister à deux rencontres par an, souvent une assemblée annuelle (telle que celle de la SCP) et une rencontre directement reliée à mes travaux de recherche. Ces conférences offrent l’occasion de forger des liens, de présenter mes travaux et de savoir ce que font les autres. J’en sors encore enthousiaste et motivée à poursuivre mes recherches et à cultiver mes nouvelles relations amicales. (Mais n’assistez pas à des conférences au point qu’elles vous mettent à mal (voir point 5).
4. Trouvez-vous de mentors. À mesure que vous progressez dans vos études, vous ferez bien de repérer des personnes en qui vous avez confiance et qui peuvent s’engager à vous aider. Plutôt que de changer de mentor en passant d’un établissement ou d’un programme à l’autre, pourquoi ne pas vous créer une « famille de mentors »? J’ai maintenant une telle famille composée de psychologues (et d’autres professionnels) qui m’ont accompagné au fil des années, tout au long de mon cheminement (études de premier et de deuxième cycles, stage, internat). J’accorde beaucoup d’importance à leurs points de vue et trouve leur contribution précieuse.
5. Joignez le geste à la parole. Il faut s’employer à terminer ce que vous avez commencé, car il en va de votre réputation. Qu’il s’agisse de codifier des données, de rédiger une dissertation, de rappeler quelqu’un ou encore d’acheminer un document que vous lui avez promis, il vous faudra tenir parole et être franc et honnête si vous ne pouvez donner suite à une demande. Vous vous trompez si vous pensez que le demandeur a tout oublié parce qu’il n’en parle pas. Un bon chercheur, clinicien et enseignant tient ses engagements. C’est ainsi qu’on le reconnaît.
6. Ne vous laissez pas abattre par la critique. J’ai une fois reçu (ce qui m’a semblé) une observation très critique de la part d’un professeur. Elle est venue à un très mauvais moment... J’étais épuisée sur le plan physique et émotionnel après avoir passé trois mois à étudier pour mes examens récapitulatifs. Je venais aussi d’expédier treize demandes de stage et étais en train de réunir les données nécessaires à ma thèse. Pour une raison quelconque, cette observation critique m’a vraiment blessé. J’ai aussi entendu d’autres étudiants raconter de nombreuses anecdotes et déboires similaires. J’ai dû marquer une « pause » pendant quelques semaines pour réévaluer mes orientations et ma vie. Heureusement, j’ai décidé que la psychologie en faisait partie. Mais cette expérience m’a appris à tirer de toute critique des éléments constructifs (par exemple ce que je peux faire pour me fortifier et mieux résister à une critique écrasante) et oublier le reste.
7. Ayez confiance en vous-même. Parfois, lorsque vous avez le sentiment que personne n’a confiance en vous, il est important de ne pas vous laisser ébranler par un tel sentiment mais, au contraire, de chercher à reprendre l’élan. Ne vous encombrez surtout pas de limites. Cette affirmation, genre mantra, vous dit-elle quelque chose? « Je pense, donc je suis. » « Je pense, donc je suis. » « Je pense, donc je suis. »
8. Soyez enthousiaste. Un collègue m’a récemment dit qu’il était si ravi de ma réaction enthousiaste à son invitation qu’il avait déjà hâte de m’associer à autre projet. Bref, votre enthousiasme, sincère, peut vous servir d’atout.
9. Soyez athlète des bourses. Je ne saurai trop y insister. Nombreuses sont les bourses annoncées, mais beaucoup de personnes ne se donnent même pas la peine d’en demander, croyant à tort qu’elles n’ont aucune chance. Laissez-moi vous dire que j’ai obtenu des bourses pour lesquelles j’étais la seule en lice. Se constituer candidat demande peu d’efforts (souvent un CV et une lettre d’accompagnement), mais les avantages sont énormes. De plus, c’est une bonne habitude à prendre : vous vous ferez connaître (nom et travaux) et serez à même de demander à l’avenir des subventions.
10. Prenez une part active à la vie universitaire et soyez conscient de vos limites. Il est bon de siéger à des comités et de profiter des possibilités offertes par la SCP aux étudiants (représentant des étudiants de premier ou de deuxième cycle, par exemple). Ces possibilités comme d’autres peuvent vous apporter une expérience très gratifiante et même ouvrir des portes, mais il faudra veiller à ne pas vous engager au point de manquer à vos engagements.
11. Devenez membre d’associations. Les droits d’adhésion pour les membres du corps étudiant sont raisonnables et (je pense) déductibles aux fins d’impôt sur le revenu. Les lettres d’information renferment des détails très utiles, voire indispensables. N’hésitez pas non plus à devenir membre d’associations à vocation générale (p. ex. SCP, APA) de même que des sociétés savantes très spécialisées.
12. Montrez-vous collaborateur et non compétitif. Il est très important de savoir travailler en équipe, car cette qualité témoigne aussi de votre efficacité. Le travail d’équipe a aussi ses agréments.
13. Fixez-vous des objectifs. Il est très important de savoir établir des objectifs et (mieux encore) définir les moyens et échéances. Demandez aussi à votre directeur à les revoir pour être sûr qu’ils sont réalistes par rapport au calendrier universitaire.
14. Prenez le temps de profiter de la vie. Les études supérieures ont leur pesanteur mais vous devez savoir quand il faut marquer une pause.
Il n’existe pas de formule parfaite ou magique pour réussir tellement les gens sont différents des uns des autres. Parlez donc à d’autres membres du corps étudiant et personnes que vous admirez. Demandez-leur ce qu’ils ont suivi comme approche ou comment ils ont tiré leur épingle du jeu. Préparez-vous une formule et approche qui vous convient et qui vous donnera les résultats escomptés. Bonne chance.
Article repris de Psynopsis, été 2002, p. 14.